« Plus tard, tu feras de la haute couture »

Lundi matin, rentrée des classes, deux heures de cours avec le même prof.

Je l’aime bien, ce prof : il a toujours le sourire, sort les mêmes blagues nulles que mon papa et fait ses courses au Biocoop à côté du cabinet de ma kiné. Il est gentil, pas débile ou tarte, pas au sens « qui sourit tout le temps surtout devant des bébés animaux » ; non, il est bon, sincère, vraiment extraordinaire. Son but, c’est d’être heureux avec sa famille – qu’il agrandit sans cesse, pas de monter de plus en plus haut dans une quelconque hiérarchie, pas d’avoir de plus en plus de pouvoir ou d’argent. Depuis qu’il a su ce qu’il voulait dans sa vie, il a fait pile-poil ce qu’il fallait pour : pas plus, pas moins. Nul besoin d’être le premier partout pour être heureux.
Maintenant, peut-être que vous le connaissez un peu mieux.

Ce prof, il a été un soutien l’année dernière, et cette année aussi : il a toujours un œil sur moi en cours, dès que je grimace un peu à cause de la douleur, ou qu’il voit que ça ne va pas, il s’approche et parle très doucement : « Pas terrible aujourd’hui ? » « Tu veux monter t’allonger ? » « Tu es sûre ? » Il ne parle pas doucement parce que j’ai une ouïe sur-développée ou qu’il a toujours mal à la gorge, il fait ça pour que les autres ne soient pas impliqués dans l’échange : il s’arrange toujours pour venir alors que mes petits camarades sont plongés dans un exercice ou en train de travailler sur les ordinateurs de la salle. Et c’est quelque chose dont je lui suis très reconnaissante, garder ma vie privée privée. Privée privée. C’est étrange. Bon, faire que ma vie privée reste privée.

Donc, lundi matin, il s’est approché de moi alors que je quittais la classe, les garçons étant déjà partis (les garçons, parce que ce cours est en demi-groupe et nous ne sommes que deux filles à y participer). Il m’a demandé comment les vacances s’étaient passées, si ça allait mieux. Le truc, c’est que depuis quelques jours j’enchaînais les sub-luxations et j’avais de plus en plus de mal à marcher / écrire / vivre de manière normale -comme tout le monde, quoi.
Alors, en mimant une poupée toute désarticulée, il m’a dit : « Au moins, tu sais que plus tard tu feras de la haute couture : tu te feras des habits spéciaux ! » Et ça m’a fait rire.

Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas rire de la maladie, on rit de tout. Rire de ce qui nous atteint, de ce qui nous fait mal, c’est l’accepter comme partie intégrante de ce que l’on est et ne pas en avoir honte. Rire, c’est partager et redevenir quelqu’un  de normal, une élève parmi les autres et pas quelqu’un dont on ne se moque jamais parce que tu comprends, il ne faudrait pas qu’elle le prenne mal à cause de sa maladie.

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5 réflexions sur “« Plus tard, tu feras de la haute couture »

  1. C’est toute l’essence d’un bon professeur : prendre soin de l’élève, l’enrichir certes de notions d’apprentissage, mais également de toutes ces petites choses intangibles qui nous font grandir. J’en connais un, moi aussi. Celui qui a su prendre soin de ma Perle.
    Décidément, j’aime vraiment, vraiment beaucoup te lire. :)

  2. Tu as tellement raison! Et quelle chance d’avoir un prof comme ça. Je ne veux pas faire gnangnan, mais franchement, si tu devais me demander quel prof m’a vraiment apporté…je ne sais pas! Il va falloir que je fasse attention avec mes élèves.

    • Quand on en a besoin, même un ‘petit’ sourire fait un bien fou ! Quand on sent que le prof n’est pas là uniquement pour nous bombarder de notions qui nous serviront plus ou moins, mais aussi pour s’occuper de notre bien-être, ça change tout :)

    • Bonsoir Hermine! Tu as raison, le soutien discret mais présent d’un prof est très important! Durant ma scolarité, un prof d’allemand LV1 au collège (que j’ai eu les 4 années du collège), le CPE du lycée ont été véritablement important pour moi. D’autres ont gravité autour à des degrés d’importances divers selon les années et les périodes. Il faut dire que je n’ai pas eu ta « chance »: ma maladie n’a été diagnostiquée qu’à mes 25 ans. Donc mes camarades grouillaient autour de moi et non pas avec moi. <bref, tout ça pour te dire que l'appui et le soutien moral d'un prof, c'est important: apprendre ne concerne pas uniquement la culture mais aussi le savoir vivre en société!
      Et rire de la maladie, je suis la première à le faire!!! Qu'est-ce ça peut faire du bien!!!
      Bonne soirée à toi Hermine! Bises

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