La ligne se brise

Ça commence toujours de la même façon.
Le soir, je commence à sentir que mes doigts me tirent un peu plus que d’habitude alors que je presse les touches de mon clavier, mes épaules sont un peu plus tendues, mon dos est douloureux. L’eau froide puis chaude de la douche me brûle la peau, les odeurs m’insupportent, le moindre petit bruit me transperce les tympans, le simple contact de mes vêtements sur ma peau me fait serrer les dents.

Le lendemain, je ne pourrai pas aller en cours. Je ne pourrai pas marcher normalement, je ne pourrai pas passer une heure sans essayer de remettre mes articulations en place, je ne pourrai pas dormir, je ne pourrai pas être éveillée.

Je m’y étais un peu habituée, à cette maladie ; elle rythmait ma rentrée, je n’avais pas trop le choix. mais ça allait tout de même. La fatigue venait plus vite, les soirées chez les voisins c’était deux soirs par semaine maximum, pas après minuit. Les genoux protestaient quand il fallait marcher jusqu’aux salles de cours, les genouillères enfilées je les entendais moins. Mes muscles se serraient et criaient dès que je restais un peu trop longtemps assise, une nouvelle kiné s’en chargeait.

Mercredi soir, retour à la réalité. J’ai mal, plus que d’habitude.
Quand je me rends compte qu’une crise arrive, je panique : le lendemain, j’ai cours, je veux vraiment y aller. Mais je sens que je ne pourrai pas, trop mal. Et puis il ne faut pas forcer : ne pas ralentir alors qu’une crise arrive, c’est être sûr qu’elle restera au moins une semaine.
En face, il y a une soirée, j’entends de la musique et des rires : je vais sonner, espérant trouver Thomas, un voisin que je connais un peu et qui suit les mêmes cours que moi. C’est Gabriel qui m’ouvre : il est adorable, on a longuement parlé alors que j’étais bloquée hors de mon appartement -c’est une longue histoire, j’en avais parlé sur Twitter. Il est au courant que j’ai une maladie un peu étrange, que je fais des crises. Les premières secondes, il ne réalise pas que je ne suis pas bien, me propose de rentrer avec son éternel sourire. Je décline, demande si Thomas est là. Il l’appelle puis se retourne vers moi, me demande si je vais bien. En quelques mots, je lui explique qu’une crise arrive, que je ne pourrai pas aller en cours le lendemain. Il comprend. Thomas sort de l’appartement, lui sait juste que j’ai un truc bizarre, sans plus. Rapidement, je lui dis que je ne pourrai pas aller en cours le lendemain, lui demande de me prendre les cours. Il acquiesce, et ajoute avant que je parte : « Repose-toi bien. »
Mes voisins sont adorables.

Mais ça fait mal au corps, d’être en crise, et le moral suit.
Dans la soirée, alors que je me douche, j’éclate en sanglots et me retrouve au sol. C’est tellement plus facile de lâcher ses larmes sous l’eau chaude, ça ne rend pas les yeux rouges, et personne n’entend.
Hier, j’ai appris qu’un de mes amis les plus proches fêtait ses dix-huit ans en faisant un petit repas avec famille et amis. Et il croyait que j’étais dans ma ville natale ce week-end là. Mon coeur s’est brisé, et je me suis sentie si loin de tout. J’ai pleuré, pleuré, puis essuyé mes yeux : j’étais invitée à manger chez des voisines.
Le week-end prochain, encore un anniversaire de majorité. Mais l’aller-retour en train coûtait 80€. Beaucoup trop cher pour une fin de mois d’étudiante. Beaucoup trop cher.

Mais la fin de l’histoire est toujours belle, hier soir, j’ai passé plus d’une heure au téléphone avec un ami merveilleux.
Et mes parents m’ont offert le trajet en train.

Désolée pour cet article un peu brouillon, il s’est passé tant de choses cette semaine, il fallait que je me libère… Et merci infiniment pour vos messages, merci de vos encouragement, merci de croire en moi…

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18 réflexions sur “La ligne se brise

  1. Bonjour jeune Hermine. Nous nous sommes déjà parlé sur facebook. Je suis ton blog avec beaucoup d’intérêt et d’amitié, aussi je te demande de bien vouloir accepter les conseils d’une Sed et maman de Sed (vous avez le même âge, ma fille et toi) à propos de la difficile tâche que constitue la préparation des repas en crise. Ce qui me paraît le plus difficile, c’est de rester debout devant les fourneaux.
    Voici donc ce que tu devrais TOUJOURS avoir dans tes placards. Ça ne coûte pas très cher et ça rentre surement dans le budget d’une étudiante.
    Des pates alimentaires, de la semoule de couscous, du riz.
    Du jambon, roti de porc cuit, jambon de poulet, blanc de dinde……
    Du pain (à cuire au four ou au micro-ondes si tu veux), au pire du pain de mie si tu ne peux pas cuire du pain.
    Des sachets de soupe déshydratés (ou des petites briques mais c’est plus chers).
    Des sauces toutes prêtes (pour accompagner les pates….)
    Si tu possèdes un congélateur, pense aux pizzas, tartes et quiches toutes prêtes et autres crêpes, paniers……
    Des flocons d’avoine (une mesure de flocons d’avoine, deux mesures de lait, deux minutes au micro-ondes, c’est prêt).
    Du lait
    Des compotes
    Des yahourts.
    Des fruits au sirop.
    Du beurre.
    Deux petits exemples de repas de crise :
    1) Un sachet de soupe déshydraté avec une ou plusieurs tartines (grillées c’est encore meilleure) beurrées
    Un bol de flocon d’avoine sucré ou chocolaté ou avec des fruits dedans, ou…..ce que tu veux
    2. Un bol de flocon d’avoine dans lequel, soit tu remplaces le lait par de la soupe que tu auras préparé avec un sachet, soit tu mets une ou deux cuillères de soupe déshydraté à la place de la poudre de chocolat par exemple.
    Un fruit (ou des fruits au sirop)
    Un yahourt.

    Voili voilà j’espère que ces quelques tuyaux pourront t’aider. N’hésite surtout pas si tu as besoin de conseil, d’astuces, de…….ce que tu veux. Si je peux t’aider ça sera avec un grand plaisir.

    • Merci infiniment pour toutes ces astuces : je n’avais pas pensé à varier les préparations à base de flocons d’avoine, mais maintenant je saurai ! Grâce à toi mes repas de crises ne se limiteront plus à un peu de pâtes juste pour me remplir le ventre..

  2. Tu as raison de coucher tes mots pour évacuer ces périodes de crise douloureuse pour évacuer , on ne peux pas te soulager mais t’envoyer plein d’ondes positives de soutien , ça oui ! :)

  3. « Mais la fin de l’histoire est toujours belle. » Toujours, et c’est ce qu’il faut se rappeler. Et puis, je suis certaine que tes voisins sont déjà tombés sous ton charme ! ;)

  4. Bonsoir Hermine,
    J’entends tout à fait ce que tu vis. Je trouve très courageux de ta part d’écrire. Continue. Ce n’est pas grave de baisser les bras. Juste un instant avec des larmes. Puis ça repart avec les ressources que tu peux avoir. J’ai lu que t’as 17 ans. Tu as une vraie force d’âme. Le nec plus ultra, c’est de savoir être entouré ( ta famille, tes voisins et les bloggueurs qui lisent tes témoignages sans jugements, sans a-priori).
    Bon courage à toi

  5. Bisoux Hermine, oui je crois en toi !

  6. difficile comme situation, mais au moins en retour peut être que l’esprit des gens avec des maladies chroniques à une propension plus forte à l’adaptation et à la patience, l’esprit est plus ouvert et on à un regard plus vaste, plus reflexif, mais c’est sûr ça n’enlève pas le chagrin-colère-injustice de ce qui est, courage en attendant des jours meilleurs …

  7. La vie est faite de hauts et de bas, mais regarder vers le bas ne sert pas à grand chose sinon à tirer le moral encore plus bas … regarder en haut permet d’avancer ou au moins de croire au lendemain. Je t’encourage à continuer ainsi ! Tu disais que tu avais peur de quitter l’internat parce que cela t’obligerait à te faire à manger même en pleine crise, finalement peut être que tes voisins prendront le relais ! En plus cela doit être reposant que tes voisins t’aident sans contrepartie, sans poser de questions et je trouve cela assez engageant pour la suite ! Ne te décourage pas, si tu es arrivée jusqu’ici c’est que tu peux aller plus loin ! Plein de courage pour la crise à venir !

    • J’espère que mes voisins resteront aussi adorables, et m’adopteront comme l’ont fait les filles de l’internat l’année dernière. Mais c’est le début, c’est un peu dur..

  8. Il n’est pas brouillon, il est sincère, et c’est bien ce qui compte. Prend soin de toi.

  9. Bisous,ma petite Hermine !

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